En Occident, les journalistes des media traditionnels se sentent libres.

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La plupart des media classiques sont contrôlés par de grands groupes industriels, en France, ou à l’étranger. C'est un des leitmotiv des théoriciens du complot pour expliquer un monopole de l'information au profit de certaines idées.

Aux Etats-Unis, en 1945, 80% des media étaient indépendants sans aucun lien entre eux.

En 1981, 22 entreprises contrôlent la quasi-totalité des journaux américains.

20 ans plus tard, nous tombons à trois [1].

Nous avons la même tendance dans tous les pays occidentaux.

La rengaine populaire veut que ces faits amènent, de facto, une baisse du pluralisme dans les media par une augmentation de la censure.

Essayons de voir en quoi cette structure d’actionnariat aurait une influence sur le pluralisme des journalistes.

Une étude menée aux Etats-Unis en 2008 par Ana P. Cusolito montre une absence de corrélation entre corruption et concentration du pouvoir dans la presse aux Etats-Unis.

L’étude demontre que contrairement à l’opinion répandue, la concentration des actionnaires dans les media ne réduit pas le pluralisme d’opinion et n’accentue donc pas les effets négatifs, comparés à une presse indépendante composée de multiples titres indépendants les uns des autres.

Pour cette étude, il n’existe aucune preuve que la concentration de la presse dans les mains de quelques industriels a une influence néfaste sur le débat démocratique en favorisant censure et corruption, au contraire.[1]

Un des principaux arguments est que des grands blocs d’actionnaire s’affrontent plutôt que de coopérer pour diriger ces entreprises.

La compétition entre actionnaires qui ont des pouvoirs équivalents serait donc un moteur du pluralisme et non un frein à ce pluralisme d’opinion.

Une belle étude et longue étude de l’OSCE [2] en 2003, va donner des résultats qui se rapprochent des conclusions de l’étude précédente.

Cette étude est un sondage géant réalisé dans beaucoup de pays européens sur les journalistes des media dits traditionnels.

La grande majorité des journalistes dans les pays européens de l’arc occidental disent n’avoir pas subi de pression de la part de leur(s) direction(s).

Les taux pour les pays nordiques en particulier sont relativement élevés allant jusqu’à 80% de « NON » quand on leur pose la question des pressions.

Mieux, la majorité des journalistes européens pensent que la composition de l’actionnariat de leur entreprise est un atout (page 89 [2]) rejoignant au final les conclusions de l’étude américaine sur l'impact positif pour le pluralisme d'opinion de la concentration des actionnaires dans les media [1].

Nous sommes donc très loin de l’idée du grand complot médiatique.

Nous pouvons ensuite nous poser la question de savoir si ces études ne sont pas biaisées.

En effet l’impression du grand public est que les media traditionnels « mentent ».

La réponse est peut-être plus à chercher sur des biais cognitifs du côté des journalistes [3] avec des effets d’inhibition comme le montre l’étude de 2008 menée par des journalistes de 12 pays européens [3]

En résumant, les journalistes ne sont pas manipulés par leur(s) direction(s) mais s’autocensurent.

Cette autocensure puise sa raison d’être sur des aspects culturels « européens » ET est aussi le fruit d’une anticipation des régulations souvent importantes mises en place par les Etats Européens eux-même comme en France.

En résumant les 3 études, la censure médiatique, en occident, serait individuelle voir culturelle, la concentration de l’actionnariat ne nuirait en rien au pluralisme et la régulation étatique serait un de seuls freins vérifiés au pluralisme.

[1] http://www.iese.edu/en/files/spsp%20lunch%2012%20marzo_tcm4-23460.pdf

[2] http://archiv2.medienhilfe.ch/topics/Diversity/OSCE-study.pdf

[3] http://www.intellectbooks.co.uk/File:download,id=709/9781841502434.9.pdf