La crise des réfugiés est une arme, de plus, dans l'arsenal russe.

La crise des réfugiés est une arme, de plus, dans l'arsenal russe.
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Un an après mon dernier article sur la Syrie, où en sont les protagonistes ?

Pour rappel, ma thèse qui s'appuie sur plusieurs analyses exterieures et personnelles, est que la crise syrienne est un noeud géopolitique majeur pour les années à venir.

Il se joue autour de la Syrie une partie d'échec géopolitique qui a comme but central de renverser l'hégémonie américaine sur le contrôle des matières premières, en particulier le pétrole, en faisant basculer le moyen-orient et les états du golfe, du coté des puissances "renaissantes" ou "naissantes" (Russie, Chine).

Ce basculement remettrait la position du Dollar comme monnaie d'échange en cause et - in fine - annoncerait une décadence occidentale, un recul à la fois des zones d'influence occidentales mais tout autant des valeurs qui les portent.

Donc, au contraire de beaucoup d'articles, par exemple, je pense que la guerre en Ukraine est une diversion par rapport aux problèmes moyen-orientaux. L'enjeu économique en Ukraine est nul. C'est un point de fixation pour les 2 parties (russes et américaines) qui peut etre utilisé pour consommer de la ressource, destabiliser ou faire pression.

Pourquoi ?

Car la Russie et la Chine ont un besoin d'accès aux matières premières qui devient vital pour ces 2 pays. Le premier coule complètement avec une industrie qui n'a pas réussi sa transformation. Les seconds ne peuvent pas alimenter leur croissance sans un accès plus direct au trésor américain : le pétrole et son équivalence dollar.

La trajectoire d'affrontement est donc direct et sans ambiguité.

Mais

Le problème est que la Russie et la Chine n'ont pas les moyens militaires pour entamer une guerre ouverte - qui serait destructrice avant tout pour eux - et encore moins les moyens de projections militaires adéquats pour soutenir des alliés qui ne sont, de toute manière, pas assez puissants (Syrie, Iran...). Il leur faut donc agir de manière indirecte et parier sur un effondrement sur eux même des pays européens et des états-unis, en tout cas un repli majeur. En gros, La Russie veut jouer la même partition que les USA leur avait joué en 90 avec l'effondrement de l'union soviétique.

La Russie s'est lancée dans une guerre d'information visant la guerre civile dans les pays occidentaux. On l'a vu avec l'intervention à peine voilée dans la campagne américaine et les divisions qu'elle porte.

Dans ce même objectif, elle peut jouer une autre carte contre l'Europe en la renvoyant à ses propres contradictions humanistes : les réfugiés. Il ne fait aucun doute que la crise des réfugiés est "voulue" et "entretenue", en tout cas que certaines puissances de la région l'utilisent (Turquie, Russie).

Elle pousse en Europe toutes les tentatives de division (Brexit, partis d'extreme droite et d'extreme gauche ect..).

Il faut aussi s'interroger sur les vagues d'attentats qui jouent aussi la même partition même si ISIS et ses amis n'ont pas forcement besoin d'aide pour continuer leurs campagnes médiatico-terroristes.

Donc on en est ou ?

1 - Les Etats-Unis laissent la Russie s'enfonçer en Syrie (c'est ma thèse du scénario afghan [4]) en pariant sur la nécessité pour Poutine de s'engager "plus". La bataille gagnée d'Alep ne résout pas grand chose au final car ISIS est renforcée et Assad ne peut rien faire sans l'aide de l'Iran ou des Russes. Certes, pour l'instant les Russes ont le beau role mais si Assad recule de nouveau, ils devront envoyer des troupes...ce qu'ils ont déja faits au passage. Dans Alep, 800 soldats russes patrouillent.

2 - La Turquie joue un double jeu bizarre....en se ralliant à la Russie par moment tout en restant OTAN de l'autre (pas trop le choix). Elle semble n'avoir aucune marge de manoeuvre et se prend donc les avertissements et attentats de tous le monde. Des copains russes (Kurdes) ou des islamistes (EI). Elle est prise en tenaille et ses choix stratégiques se rétrécissent. On peut dire que la Turquie a été neutralisée par la Russie.

3 - La Russie continue à mettre de l'huile sur le feu de partout en visant avant tout l'épuisement des opinions occidentales. On l'a bien vu avec Alep où la majorité des français doivent croire que ce sont les gentils qui ont gagné contre les méchants avec un formidable renversement de situation victimes <> bourreaux MAIS elle ne peut pas aller au delà car ses moyens militaires restent limités et très couteux à garder en opération. Elle va donc continuer son jeu dans les élections occidentales, essayer de favoriser tous les mouvements de populations possibles et créer des foyers d'infection partout où elle peut.

4 - L'Europe ne fait rien et attend car elle est plus que jamais divisée.

5 - Israel est en mode "attente" avec l'élection de Trump mais regarde avec inquiétude l'Iran de nouveau...elle pourrait être amené à intervenir directement en Syrie pour affronter les milices iraniennes ...elle bombarde la Syrie en tout cas dès qu'elle le peut.

6 - L'EI est toujours en vie, épargné par les Russes et les Américains car les islamistes sont la variable d'ajustement et de manipulation de tous le monde. En effet ils sont suffisamment faibles pour ne pas pouvoir s'étendre mais suffisamment forts pour embêter au grès des changements d'alliance les uns et les autres. Je pense aussi qu'ils sont manipulables et infiltrables à volonté autant par les Saoudiens / Jordaniens (pour le camp US) que par les Russes et deviennent donc les messagers morbides des uns et des autres.

Et après ?

Très clairement l'élection de Trump retarde le plan Américain. Il est donc fort à parier que Trump doit être paralysé par quelque chose. L'avenir nous dira par quoi

En attendant les USA sous Trump risquent de jouer les grands naifs - Trump n'étant à priori pas trop à l'aise en géopolitique - et perdront du terrain c'est à dire de l'influence....mais les grandes lignes de la politique américaine risquent de rester et donc le plan initial maintenu : L'afghanistan bis pour la Russie.

La Russie est dans un cul de sac. Elle ne peut pas "plus" jouer des muscles.

La Turquie est dans un cul de sac aussi...elle est au bord de la guerre civile et il suffirait de pas grand chose pour qu'elle bascule de nouveau dans des violences internes.

La Chine compte les points et l'Europe joue du pipeau.

Donc mon pronostic est que tous le monde va tout faire pour que cela reste pareil : fronts figés, attente, pas de solutions de paix mais aucune grande opération militaire. On gèle les conflits et on les fixe en attendant une opportunité.

L'opportunité russe pourrait etre un basculement des grands pays dans son camp (extreme droite en France, ect..) qui signifierait une certaine neutralité bienveillante au Moyen Orient mais il en faudra plus pour qu'elle soit capable de s'attaquer à son objectif derrière : les états du golfe.

Pour une raison ou une autre, le grand débloquage doit venir d'une crise majeure entre l'Iran et les etats du golfe...et qui devrait forcer les américains de Trump à intervenir (ou ne pas intervenir).

Pour cela il faudrait qu'Israel se calme sur l'Iran et laisse l'Iran développer son attaque, aidé par les russes, contre le monarchies pétrolières. Cela peut se passer sous la forme d'émeute puis d'interventions de brigades "iraniennes" avec un appui logistique Russe.

Il faudrait alors s'assurer que l'administration Trump préferera négocier...malheureusement il soutient aussi Israel face à l'Iran donc ..

Comment pousser Trump à négocier ?

Ben...grâce à la Chine voyons.

La tête de turc de Trump est la Chine....il ne s'en cache pas du tout et veut revoir la politique américaine vis à vis de Taiwan.

Une crise locale mais majeure contre la Chine pourrait mobiliser beaucoup de moyens américains et empécherait une réaction rapide américaine dans le golfe.

En effet les derniers rapports américains du ministère de la défense US montrent l'impossibilité pour les états-unis de tenir "2 grands théatres" en ce moment. Si la Marine US doit défendre Taiwan ou un autre voisin contre les chinois, ils seront bloqués et ne pourront pas intervenir ailleurs.

Reste à voir pourquoi les Chinois auraient interêts à jouer ce jeu....

To be continued.

[4] Le Scénario afghan semble se profiler en Syrie pour poutine
http://www.pierre-jean-duvivier.com/le-sc%C3%A9nario-afghan-semble-se-pr...
[7] Malta raises alarm on Russia in Libya
https://euobserver.com/foreign/136537
[8] La géopolitique du pétrole est au centre du conflit au moyen orient.
http://www.pierre-jean-duvivier.com/la-g%C3%A9opolitique-du-p%C3%A9trole...