Quand poutine se trompe d'échiquier en Syrie

Quand poutine se trompe d'échiquier en Syrie
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Je le disais dans un post précédent [1], la stratégie "Poutine" pourrait être une tentative, maladroite, de remise en cause de l'hégémonie américaine au moyen orient, voir un piège tendu par les américains.

Nous savons que ni les russes, ni les américains n'ont peut être véritablement envie ,de manière volontaire et décidé,d'un affrontement direct. Les USA, pour le moment, sont sous une présidence démocrate "molle qui ne conçoit pas l'action militaire comme une nécessité . Cela pourrait changer avec les républicains. Les Russes savent qu'ils n'ont pas les moyens de s'opposer directement à n’importe quelle armée occidentale. Je n'exclue pas que quelques lobbys américains ne seraient pas contre une confrontation directe contre les russes sur un terrain limité mais pour l'instant ce n'est pas le OBAMA "style".

La Russie a une volonté qui dépasse ses capacités opérationnelles : celle de redevenir une "URSS bis" sur le plan international.

Poutine voit le monde comme au 19ème siècle, comme une gigantesque partie de RISK (le jeu de plateau) où les uns et les autres poussent leurs pions armés. Il fait une partie d'échec alors même que les données sont maintenant beaucoup plus compliquées, floutées et surtout les inconnues beaucoup plus grandes qu'auparavant.

La Chine, par exemple,est certainement la "nouvelle URSS bis" dans 20 à 30 ans si tout continue comme maintenant mais la Russie n'est plus qu'une puissance régionale qui ne peut avoir de l'influence que directement autour de ses frontières. Et encore, nous voyons que son plan ukrainien "a échoué".

De même la Russie voit aussi le Kazakhstan s'enfuir dans les bras occidentaux et son allié Biélorusse est relativement faible. On a vu au moment des événements ukrainiens que les biélorusses n'étaient pas chaud partisan des positions russes non plus.

Hors Poutine a une lecture qui n'est pas celle-là.

Il veut, et toutes les biographies récentes le précisent [2][3] en particulier celle de Michel Eltchaninoff que je recommande, "dans la tête de Vladimir Poutine", retrouver une forme d'impérialisme passé. Pour se faire, il a ressuscité - sans trop de mal il est vrai - le patriotisme voir le nationalisme étroit russe, a militarisé et "kgbisé" la société de nouveau. En gros, il prépare son peuple à la guerre. Je ne crois pas qu'il pense "se préparer" à la guerre mais toute résurgence de ces techniques de gouvernement amène de facto à "une guerre", peut être civil aussi.

Ce peuple "remotivé" dopé à la propagande de type soviétique, et de nouveau fier de sa force supposée, a besoin d'éclats, de campagnes, de guerres pour prouver "sa virilité" . De plus Poutine lui même serait certainement assez axé "sur les preuves de sa virilité"[4] que cela soit pour renforcer sa communication auprès d'un peuple qui vénère toujours la force ou simplement par appétit personnel.

Donc il lui faut un autre "théâtre" et cela sera la Syrie après le semi-échec ukrainien.

Comme nous le précisions dans l'article précédent [1], certains y voient une volonté russe de jeter les tables par terre au moyen orient.

La récent alliance IRAK-SYRIE-IRAN-RUSSIE avec un centre opérationnel commun de commandement à Bagdad [5], vient renforcer cette idée. L'Irak est relativement déçu par la timidité américaine récente, le soutien israélien aux kurdes et le jeu général des occidentaux qui est de maintenir un état faible en Irak. L'Iran se voit en grande prêtresse de la région et surtout un contre-poid à l’Arabie saoudite qui s'allie, elle, avec l'Egypte.

Mais l’Irak et l’Iran vont vite s’apercevoir que les russes ne sont pas les américains : certes ils seront peut être moins intrusifs et "plus alliés" que "maîtres" mais ils 's’essouffleront vite. De plus l'aviation russe n'a jamais fait des étincelles, jamais. Elle a toujours été surestimé par à peu près tous le monde mais n'a jamais montré d'engagements à la hauteur de sa réputation "surfaite" [6].

La question que je viens donc à me poser est de savoir si l'aventure "syrienne" russe n'est pas une aubaine pour les américains.

Les américains veulent en effet un changement de régime à Moscou. Ce n'est pas un mystère : le congrès a voté un plan en ce sens.

Je dirai même "pire" pour les russes : est ce que l'inaction occidentale en Syrie n'avait pas comme principal objectif que la Russie s'y jette au vu de la psychologie "perturbée" de Vladimir Poutine .

La tactique de l'enlisement et du point "de concentration" est une stratégie typique américaine employée par exemple en Irak : l'idée est de produire un point chaud, loin des états unis, où il est possible de combattre et d'épuiser tous les ennemis connus. La même stratégie a été produite en Afghanistan. Le but n'est pas vraiment de gagner la guerre mais d'épuiser des adversaires potentiels dans une guerre sans fin avec le minimum de pertes coté américain et le maximum en face.

En voyant de plus en plus la tournure des événements, je commence avoir l'impression que l'Ukraine puis la Syrie - 2 guerres, 2 fronts - sont un excellent moyen d'épuiser la Russie.

L'avenir nous le dira.

[1] http://www.pierre-jean-duvivier.com/dukraine-%C3%A0-larabie-saouditeques...
[2] https://www.facebook.com/michel.eltchaninoff?fref=ts
[3] https://www.youtube.com/watch?v=Kwgj8FxIIzM
[4] http://www.spiegel.de/international/europe/new-book-on-vladimir-putin-cl...
[5] http://edition.cnn.com/2015/09/27/middleeast/iraq-russia-iran-syria-inte...
[6] http://www.airspacemag.com/military-aviation/truth-about-mig-29-18095240...