Quel est le bilan économique de l'immigration en France ?

Quel est le bilan économique de l'immigration en France ?
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Le débat politique français sur l'immigration est pollué par une approche idéologique du problème migratoire. Les chiffres sont manipulés pour appuyer des thèses politiques.

En 2008, le numéro des contribuables associé 14 de Mars 2008 avec M. Jean Paul Gourévitch [2], développe une longue étude [1] qui aboutit à un chiffre : 26 milliards d'euro par an de déficit pour l'Etat Français. C'est à dire que l'immigration "coûterait" 26 milliards d'euro par an au contribuable Français. Je vous laisse suivre les raisonnements et démonstrations de l'étude publiée en 2008.

Le souci est toujours le porteur du message, en l'occurrence M. Gourévitch [2][3], et l'INSEE jugera le travail effectué en 2008 comme complètement faux. Il se trouve que M. Gouvéritch est proche des milieux identitaire et ne cache guère ses convictions. Il publie beaucoup sur le sujet et a son "business migratoire" bien à lui avec des thèses qui touchent un public déjà convaincu avant de le lire.

Est-ce que ses convictions auraient faussé le déballage de chiffre impossible à reprendre par le quidam moyen sans refaire tous le travail ?

Nous n'avons pas la réponse mais l'étude parait partiale.

C'est le premier chiffre sur lequel on se basera : 26 milliards d'euros par an et nous allons chercher maintenant d'autres études sur le sujet .

En 2006, M. Yves-Marile Laulan [4], enseignant aux universités Dauphine et Paris II, énarque et économiste, avance-lui la somme de 70 milliards d'euros de solde négatif pour la collectivité.

M. Laulan a créé un institut de géopolitique des populations où se côtoient Jacques Dupaquier [5], Gérard Lafay [6] et Jacques Bichot [7]...leur étude permet d'avancer ce chiffre.

Les 3 enseignants-chercheur sont difficilement qualifiables "de suppôts de l'extrême droite" surtout en ce qui concerne M. Dupaquier qui fût un résistant de la première heure en 40.
Si on suit la logique des 2 études, le solde négatif serait donc énorme et lourd pour la collectivité.

C'est en tout cas l'impression qui se dégage quand on parcoure Google en cherchant sur ce thème précis : aucune étude facilement accessible ne revient remettre en cause "le solde négatif".

Il faut gratter fort pour trouver des approches différentes.

Elles sont mal référencées mais il y en a pléthores...une fois que nous commençons à regarder les études, beaucoup de thèses et de recherches portent sur le sujet.

Un rapport de Juillet 2010 pour la Drees-Mire [8] conduit par un laboratoire de l'Université de Lille va lui dire que l'immigration a un effet positif sur les finances de la protection sociale en France en réduisant le fardeau fiscal du vieillissement démographique. Cet élément qui vise à voir l'immigration comme une nouvelle manière de financer les retraites de la génération "de souche" "baby-boomers" n'est pas un élément nouveau. Le gouvernement Allemand, typiquement, dans le cas des afflux de réfugiés a un raisonnement similaire.

Une étude de L'université de Louvain en Belgique [9], elle, affirme que la présence d'immigrée a globalement un impact positif sur les niveaux d'imposition des populations locales déjà établies. En résumé, l'immigration réduit le niveau de taxes de résidents.

Dans le contexte de vieillissement de la population, l'apport de l'immigration sur les finances publiques apparait donc comme positif : c'est le résultat aussi d'études de la Banque Mondiale et de l'enquête SILC (Study of Income and Living Conditions).

Une étude de janvier 2013 [10] dénommée "Immigration et croissance économique en France entre 1994 et 2008" ajoute de l'eau à ce moulin.

Elle est dirigée par des professeurs d'université de Paris I, l'INED et l’Université d'Auvergne.

Deux des auteurs sont aussi chargé de recherche au CNRS. L'étude essaie de trouver un lien entre évolution du PIB et l'immigration avec quelques autres variables comme le taux de chômage. Pour les puristes de corporate finance, c'est un modèle VAR auquel s’attaquent les 3 chercheurs. Les données prises sont celles de l'INED.

L'étude, très technique, montre un effet de corrélation positive entre le PIB par habitant et le taux de migration. Cette réaction est robuste à la décomposition de la migration par motifs de délivrance des titres de séjour.

La conclusion de l'étude est que l'immigration participe à l'amélioration du niveau de vie des populations autochtones.

La plupart des études que j'ai pu trouver sur le sujet en regardant les thèses et résultats de colloque sur le sujet en France montre un effet bénéfique de la migration sur les finances publiques et/ou sur le niveau de vie des populations déjà présentes.

On peut encore citer les études de comptabilité générationnelle de 2010 de Chojnicki, Université Lille 2 [11] avec la critique associée de l'étude présente ici [12] provenant d'un....expert-comptable.

De mon point de vue, je trouve les études négatives avec solde négatif dans des contextes politiques marqués à l'extrême droite ou de manière très anecdotique - la seule étude universitaire récente étant celle de Lyon et je n'arrive pas à la corroborer par des études plus mathématiques en terme de finance publique - . Par contre il y a une pléthore d'études universitaires qui montrent des effets positifs de l'immigration sur le plan économique.

Les critiques des études universitaires [12] sont faites en remettant en cause les chiffres sur lesquels se basent les chercheurs et en suggérant qu'ils sont manipulés [12].

Les contradicteurs sont rarement des universitaires mais des professionnels de différents milieux qui me paraissent peu aptes à contrer une étude dans le sens où ils ne produisent à leur tour aucune contre-étude sur les mêmes chiffres.

L'attaque des chiffres et le biais politique supposé semblent donc être la stratégie pour remettre en cause beaucoup d'études universitaires montrant des corrélations positives entre immigration et niveau de vie.

Une étude du SECO suisse [13] (Secrétariat d'Etat à l'Economie) pense que l'immigration, en Suisse, a eu et a toujours des impacts positifs sur l'emploi durant des années avec une augmentation du PIB à la clé mais que cet impact à tendance à mollir depuis 2007 restant "modeste".

Cette étude, encore très technique, conclut prudemment que le lien positif existe entre croissance économique et immigration mais est fragile.

Les Suisses admettent aussi que quantifier en la matière est complexe donc sujet aussi à des erreurs.
Sachant que l'immigration Suisse est avant tout une immigration qualifiée, cette étude permet aussi de relativiser l'optimisme béat de certains chercheurs français sur le sujet où l'immigration est nettement plus variée et très peu accès sur le travail -uniquement 10% des arrivées-

Conclusion :

Il me paraît essentiel de sortir le débat sur l'immigration du prisme idéologique. L'immigration devrait respecter deux objectifs :

1 - Assurer une minimum d'éthique dans le traitement de flux migratoires c'est à dire un respect à la lettre des différents conventions signées en particulier sur le droit des enfants.

2 - Etre un outil économique au service de la collectivité en se refusant à toute analyse politique préalable.

En partant d'une bienveillance initiale, sans préjugés, il faut alors pousser les études sur la question pour identifier les leviers politiques qui créent des effets économiques positifs ou au contraire mettre en place des politiques qui s'attaquent aux effets négatifs repérés.

Ces études ne peuvent pas être faites par des amateurs. Personne ne peut s'improviser chercheur en physique des particules, c'est la même chose avec la démographie ou certaines sciences sociales.

Une bonne compréhension en particulier des outils statistiques à un niveau universitaire élevé, seuls aptes à tirer des conclusions utiles, est en effet incontournable en matière démographique.

La réponse aux questions ne peut donc être donnée que par des spécialistes et des chercheurs.

Par contre l'utilisation de la réponse est un choix politique, lui, et doit être portée par la collectivité. Est ce que vous pensez que +1% par exemple de PIB sur 5 ans "vaut" une politique ouverte par exemple ? Ça c'est politique.

Par contre le fait de savoir si l'impact est négatif ou positif ne peut pas être tranché avec Google et Wikipedia ou ses impressions en sortant dans la rue.

Le débat ne peut donc pas porter sur les résultats techniques mais que sur leurs implications pour tous et les choix de société portés.

[1] https://www.contribuables.org/wp-content/uploads/2008/03/monographie14_l...
[2] http://www.lesinrocks.com/2012/10/30/actualite/jean-paul-gourevitch-le-c...
[3] http://ripostelaique.com/author/Jean-Paul-Gourevitch
[4] http://alger-roi.fr/Alger/tribune_libre/pdf/10_immigration_coute_france_...
[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Dup%C3%A2quier
[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9rard_Lafay
[7] https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Bichot
[8] https://ec.europa.eu/migrant-integration/index.cfm?action=media.download...
[9] https://perso.uclouvain.be/david.delacroix/popular/migmag.pdf
[10] https://hal.inria.fr/file/index/docid/825014/filename/2013.05.pdf
[11] http://congres.afse.fr/docs/2010/637328chojnicki_afse_2010.pdf
[12] http://www.polemia.com/wp-content/uploads/2013/11/CHOJNICKI.pdf
[13] https://www.seco.admin.ch/dam/seco/fr/dokumente/Publikationen_Dienstleis...